Ah, le Japonais. La "langue du Diable" (je n'invente rien, c'est un missionnaire qui aurait créé ce terme en se rendant compte de la difficulté de la langue japonaise, et qui pensait que c'était le Diable qui l'avait inventée pour l'empêcher de mener à bien sa mission, freiné par la barrière de la langue), la langue qui fascine les foules, la langue qui effraie, la langue qui attire, la...

Langue que vous vous tâtez à apprendre, peut-être, mais vous ne savez pas par quel bout la prendre. La prendre, l'apprendre, ça faisait un calembour nul, t'as vu. Bon en fait, les étudiants non plus ne savent pas. C'est un mystère. Mais c'est ça qui est bien, aussi. 

J'aime le japonais. Je sais pas pourquoi, depuis toute petite, j'ai su que je devais apprendre le japonais. Je crois que ma première expérience de japonais à l'oreille était le générique de Card Captor Sakura (Catch you Catch me) sur une VHS qui gardait les openings VO. Mais je crois que le vrai déclic a été la chanson du générique du Château dans le Ciel à peu près à la même époque, Kimi wo nosete. Mais je crois que je voulais l'apprendre avant même de savoir à quoi ça ressemblait concrètement (rire). Ceci dit, on aime quand même savoir à peu près à quoi s'attendre avant d'entreprendre sérieusement l'apprentissage d'une langue. Et j'ai des camarades japanistes qui étaient curieux de voir ce que j'aurais à dire sur le sujet (parce qu'on est tous dans la même galère), ce qui m'a encouragé à faire ce post.

Voici donc une petite récap :

1- Le plus tordu est probablement la grammaire. Contrairement au chinois, le japonais est pourtant une langue qui détient des similitudes avec les langues européennes par la présence de "grammaire" au sens classique du terme. Le problème, c'est que les constructions de phrases n'ont, forcément, pas grand chose à voir avec les constructions basiques de langues germaniques ou latines comme on a l'habitude de voir. Mais elle reste néanmoins logique et mécanique, et une fois que vous aurez retenu les règles et l'ordre dans lequel mettre les mots, ce n'est plus qu'une suite logique à suivre. Rassurant? 

2- Les conjugaisons ne marchent pas vraiment comme chez nous. Quand on parle de conjugaison ici, on pense aux temps. En japonais, il n'y a que deux temps dans le sens qu'on connaît : le présent et le passé. Mais ils ont, à côté, une foultitude de conjugaisons pour...d'autres choses. Comme par exemple une pour indiquer qu'on /peut/ faire quelque chose. Une pour indiquer qu'on a fait faire quelque chose à quelqu'un. Une pour indiquer qu'on s'est fait faire quelque chose par quelqu'un (ça devient chaud là-). Une pour...bref - mais le truc bien, c'est que ça ne change pas selon la personne, et qu'il s'agit d'une suite logique de petits morceaux à rajouter les uns après les autres. Le tout étant de ne pas en oublier. 

joyeux

ok là c'est un peu extrême je sais même pas par quel bout le prendre 

 

3- Germanistes et latinistes désespérés, n'ayez crainte : il n'y a pas de déclinaisons. Pas. Aucune. Merveilleux. J'ai été latiniste.

4- Pas de souci d'accord en genre et en nombre non plus. En même temps, les langues latines sont les mieux placées pour nous pourrir à ce niveau-là.

5- La prononciation est bidon. Merci au système syllabaire, c'est probablement une des langues les plus faciles à prononcer pour un francophone. a c'est a, be cest bé, ka c'est ka, ku c'est ku (les -u ont juste tendance à pencher sur le -eu très légèrement), chi c'est t'chi, so c'est so...bon, hein. Voilà. Les R se prononcent L cependant, c'est bien la seule "bizarrerie" notoire (et encore la plupart des gens le savent de base), on est pas en néerlandais où les G se prononcent RRHHH. Bien sûr, après, il faut travailler son accent pour que ce soit joli, faut pas déconner.

6- Le vocabulaire...okay c'est mon boss final. Le vocabulaire. Il en finit pas. Y en a partout. 36 000 façons de dire la même chose. Je suis obligée de le dire. Des mots des mots des mots des mots, qui, en plus, se ressemblent un peu tous, à cause du nombre limité de syllabes. C'est là qu'il est utile de savoir lire les kanji, car si deux mots se disent pareil, leur kanji peut être totalement différent. J'ai beaucoup de mal à deviner les mots dans un texte en hiragana, ça me paraît être un tas de syllabes empilées. Bon, soyons honnêtes : le japonais est un tas de syllabes empilées les unes sur les autres.

sigh

kai, kaikai, kaikan, kaisatsu, kaisan, kaisuiyoku, kaisuu, kaisuuken, kaisei, kaisei, kaisetsu, les listes du JLPT me rendent triste.

7- L'écriture. Bon. Les syllabaires, ça va. Non, vraiment, ils sont pas si lourds que ça à retenir, pour le peu qu'on s'entraîne un peu à écrire des mots avec et à les lire. Si vous avez fait du grec, vous devriez connaître le principe. Les kanji...eh bien, le problème des kanji, c'est que si t'en prends un tout seul, il va se lire d'une telle façon. T'en prends un 2e tout seul, il va se lire de telle façon. ET QUAND TU LES METS ENSEMBLE, CA FAIT UN TRUC COMPLETEMENT PAS PAREIL. Et ça me rend triste, parce que ça fait 36 lectures par kanji à retenir, et au final tu te dis eh, je vais juste apprendre les mots par coeur tiens, mais ça va pas très vite, alors tu te dis peut-être que je devrais changer de méthode, et...et. Voilà. Mais d'un autre côté, c'est fascinant, du moment qu'on prend le côté rigolo de la chose et qu'on est pas pressé. J'aime bien remarquer qu'un mot s'écrit avec le kanji de (x) mot et le kanji de (x) mot, par exemple - c'est un peu comme de l'éthymologie sans passer par le latin. Enfin je me comprends, parce qu'il est pas question de latin ici. Bref.

8- Les trouzemille façons de parler. Ce n'est pas vraiment le souci des débutants, mais il existe à peu près autant de façons de parler qu'il existe de catégories d'individus. C'est pourquoi il faut faire attention lorsqu'on réutilise une phrase entendue quelque part en se disant "ça se dit comme ça", il ne faudrait pas que vous le disiez à la façon d'un général d'armée masculin quand vous êtes une jeune lycéenne de 16 ans. Je n'ai pas vraiment le temps de m'attarder en détail car ce serait beaucoup trop long, mais c'est l'idée. Chose importante à savoir très vite cependant, "je", "tu", "nous", "vous" changent également selon le degré de politesse et le genre de la personne qui parle.

En ce moment en cours de linguistique, on étudie les façons de parler attribuées aux personnages de films/romans étrangers lors de la traduction de leurs répliques en japonais, lesquelles tiennent souvent de l'exagération - donc, des façons de parler même pas utilisées "en vrai" entre vraies personnes. Pourquoi faire simple.

9- Un peu lié aux trouzemille façons de parler, il y a les dialectes. Si, en France, la plupart des dialectes ont disparu (ne pas confondre dialecte et accent, je viens du nord et on se parle pas dans la rue en ch'ti), ils restent très présents au Japon, des dialectes régionaux qui altèrent la langue à un degré plus ou moins élevé. Le plus connu est celui du Kansai dont vous avez sans doute entendu parler - ou entendu tout court dans des séries (Heiji Hattori de Détective Conan est un perso emblématique pour ce qui est de l'usage du kansai-ben). Ca devient un peu plus spécifique que le reste noté plus haut donc je ne m'attarderai pas trop dessus, mais je vous encourage à y jeter un oeil. Ca peut aller de simples mots charcutés à des termes ou expressions complètement différentes, et nombreuses! Une des particularités de ce petit pays pourtant très complexe qu'est le Japon.

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Voilà, je pense avoir fini. Je suis moi-même pas encore calée en maîtrise de la langue du diable de la sublime langue du soleil levant, je dis ça de mon expérience de personne encore en train d'apprendre, justement (ça fait 8 ans mais faut pas le dire). La route est longue est difficile, mais je suis sûre qu'on peut vaincre l'adversaire. Le tout est de s'armer de patience - et de garder à l'esprit que tout n'est pas non plus compliqué. Comme toutes les langues, la partie fun commence une fois les bases acquises! Et les bases, ce n'est pas encore si long que ça. Je pense que le plus lourd est le perfectionnement par la suite (je souffre d'un manque de vocabulaire monstrueux). Bon par contre, le voc, c'est un peu comme quand tu montes de niveau dans Pokémon, au début ça va vite, et puis ça rame, ça rame, la jauge monte pas assez et tu stagnes et tu pleures. Mais bon, hein, j'y arriverai. J'y crois. 

Amis japanistes, si vous avez rencontré d'autres facilités ou difficultés lors de votre apprentissage de la langue, n'hésitez pas à me le dire: je les rajouterai dans le post.

TENGUBOY - SHOCKMAN