"Bof".

Si on me demandait comment je me sens, quelles sont mes perspectives d'avenir actuellement ou à quoi ressemble ma vie ces jours-ci, je n'aurais qu'une chose à répondre : "bof".

Je suis rentrée du Japon mi-Août dernier, le 17 pour être précise. Au début, je n'avais absolument aucune "nostalgie déchirante" qui pollue la vie de beaucoup d'ex-expats lorsque je pensais au Japon. Limite, j'avais l'impression que cette année à Tsu n'avait été qu'un très long rêve, un rêve toujours dans un coin de ma tête, certes, mais que je ne cherche pas partculièrement à rattraper, à reconstruire morceau par morceau.

Il faut dire que le départ avait été des plus catastrophiques. Laissez-moi vous raconter, ça va prendre un moment. Avec quelques photos de Tsu qui n'ont rien à voir.

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Les derniers jours s'étaient plutôt bien passés. Mes camarades de classe françaises étaient rentrées au pays au tout début du mois, et il me restait deux semaines avec le reste (assez peu) des étudiants étrangers et les japonais. Cela m'a permis, d'ailleurs, de me lier davantage avec certaines personnes qui ont rendu mon mois d'Août beaucoup moins morose que je ne le voyais à l'origine. Ca me permettait également de ne pas me triturer l'esprit 24/24 sur la potentielle présence d'araignées tropicales et autres monstres estivaux dans le couloir ouvert à tous les vents.

C'est la veille du départ que les choses se sont gâtées. Déjà, je me suis pris le premier orage de l'année (le dernier jour !) en rentrant du CocoIchi de Tsu. Un peu en flippe et trempée comme une serpillière (j'avais laissé tout mon matos branché et l'orage se faisait dangereusement proche des résidences), je me suis précipitée à la résidence...

Et là, c'est le drame. Ma clef ne passe pas. Pire : ma clef reste tout bonnement coincée dans la serrure. On est la veille du jour du départ ; c'est Bagdad dans ma chambre, je dois peser ma valise de toute urgence, il me reste que quelques heures pour tout remballer, ET MA CLEF EST COINCEE DANS LA PORTE. Peut pas la tourner, peut pas la sortir. J'ai alors fait ce que ferait toute personne avec zéro sang-froid, j'ai paniqué, donnant des coups dans la porte (futile, oui), tirant sur la clé à deux mains de toutes mes forces tout en pleurant comme un bébé (ça m'a valu de casser mon trousseau de clés et m'arracher la peau de la phalange net avec le métal, on applaudit. Ah, je suis tombée sur les fesses en tirant, aussi).

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C'est justement lorsque je suis tombée par terre qu'une étudiante vietnamienne qui montait les escaliers m'a vue et m'a demandé ce qui n'allait pas. J'ai donc expliqué (?) le problème (comprendre : CLEF, COINCEE, MOI FOUTUE, PANIQUE, MOURIR) comme j'ai pu, et elle m'a emmenée chez une de ses amies de l'étage le temps que je me sèche et que je me remette de mes émotions (parce que j'étais toujours une serpillière dégoulinante, et qu'il faisait chaud et moite et dégueulasse). On tourne en rond un moment, on essaye de contacter le tuteur de l'étage, pas de pot, il est à  Nagoya. Faudra peut-être appeler un serrurier; j'ai grave pas le temps... j'imaginais déjà les heures de panique qui allaient suivre.

Le fin mot de l'histoire : j'ai eu beaucoup de chance dans mon malheur. En effet, la clé était coincée à cause de l'humidité, et environ 1 heure plus tard la serrure (ou la clef) dégonflait. On a pu la sortir. Meilleur moment de ma vie. Toujours honte de m'être montrée sous ce jour, ceci dit.

Voilà, ça, c'était pour l'avant-goût de l'enfer qu'allait être le lendemain.

*

Je me lève à 6h du matin, et finis de ranger ma chambre. Le "room-check" est censé être à 10h. Dans le petit programme minutieusement calculé dans ma tête, je partais de l'appart vers 10h30-11h, allais voir des copains pour dire au revoir et me dirigeais vers la gare. J'ai aussi un petit souci avec une ampoule qui ne fonctionne plus, et j'espère ne pas avoir à la payer trop cher parce que (autre problème), je n'ai : plus de sous. C'était le week-end du 15 Août, sous-entendu le virement de mes parents fait l'avant-veille...n'arriverait pas avant, au mieux, le soir-même, au pire, le lendemain midi lorsque je serais déjà dans l'avion. Ca, c'était pour la petite angoisse supplémentaire, parce que je n'étais pas sûre de pouvoir payer l'hôtel à Osaka le soir-même. Fun times.

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Bref je finis de ranger ma chambre, à comprendre : balancer tout ce dont j'ai pas besoin dans un sac poubelle (ils ont dû me haïr, ils ont dû me haïr, ils ont dû me haïr, tant ils sont maniaques du tri, et j'ai fait le plus gros barda de tous-les-temps) et fourrer ce que je peux dans la valise. D'ailleurs ça passe pas, donc je finis par prendre mon sac de voyage acheté sur place en plus de la valise, en y casant quelques fringues trop épaisses et des bouquins (toujours des bouquins). Poids estimé : 5kg. Valise : 22,5kg (max : 23kg). Avec ça, mon sac à dos de 10kg avec mon PC 17", ma Cintiq 13HD, encore des bouquins et je sais plus. Je ne veux plus jamais rien porter de lourd de ma vie.

Avant de finir, vers 9h30, le type censé relever le compteur d'eau/électricité passe. Je paye la facture, il me fait ok ça roule je repasse "plus tard" pour couper l'électricité et l'eau. Il me donne un justificatif comme quoi il est passé et que j'ai payé. Je vais être amenée à parler de ce justificatif pas mal de fois dans ce récit...

10 heures. J'ai fini. Ma chambre est vide, à peu près propre, après avoir ramassé chaque cheveu traînant dans la salle de bains. Tuteur d'étage n'arrivant pas, je vais toquer à sa porte (c'est mon voisin), il me dit : ey alors en fait je dois attendre la concierge. Ouais sauf que moi, au secrétariat la semaine passée on m'avait dit "le tuteur viendra faire le room-check", pas "la concierge", mais soit. J'attends. En passant, il me demande pour l'électricité, je lui dis que le gars est venu et que j'ai payé, et qu'il reviendra "plus tard". ""Plus tard", comment ça plus tard?" "Je sais pas moi. Il a dit plus tard." "Huu. C'est bizarre." Ah.

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30 minutes après, toujours pas de concierge. Elle répond pas non plus au téléphone. Je perds patience (et je crève de chaud, il y a un climat tropical, tout est ouvert et je peux pas me servir de l'air conditionné). Tuteur me dit, écoute, je vais faire le room-check moi-même, et après tu iras payer ta facture de logement au CIER (c'est les gens qui s'occupent des étrangers, à l'université), parle-leur de l'ampoule aussi.

Je pédale jusqu'au secrétariat, là, je perds un temps fou parce qu'ils ne savent pas quoi faire de l'ampoule. Au final ils me disent que ça va, qu'ils me la feront pas payer. Mais que cette histoire de type-de-l'électricité-qui-revient-pas était plutôt bizarre, qu'ils allaient essayer de le contacter... j'étais pas prête de partir. On me dit de repasser dans 20 minutes. Ca tombe bien quand même, parce que je dois renvoyer ma box internet à Sun-Net. Sur le papier de la box, c'était écrit qu'on pouvait le faire renvoyer au combini. Donc, n'ayant pas envie de m'emmerder avec les services postaux, je vais direct au combini le plus proche...

Et là, le vendeur me regarde avec des yeux de merlan frit :

-Mais non on peut pas

-Comment ça on peut pas

-Mais on peut pas

...

Je m'énerve, j'essaye de m'expliquer en affichant mon agacement, le pauvre ne sait pas quoi faire, et au moment où j'allais partir (furax), je croise un pote à moi gaijin qui espérait justement me croiser au combini avant mon départ... J'ai pleuré comme un bébé (encore). Après un très long câlin et quelques mots sans queue ni tête plus tard, il me dit de ne pas m'inquiéter car il postera la box pour moi, qu'on se tiendrait au courant en ligne. Mon ange gardien existe, il s'appelle A----. J'en aurais encore plus pleuré (rires). Bref, ce problème miraculeusement réglé, retour au CIER. Bah oui, on attend toujours des nouvelles de notre cher monsieur de l'électricité.

Et il est passé ! Allélouia...

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Je rentre, ça y est, je vais pouvoir prendre mes cliques et mes claques au sens propre du terme et fuir cet asile de fous (c'est exactement la façon dont je voyais la ville à ce moment-là). Vous me direz, c'est triste de finir là-dessus...oui, ça l'est.

J'envoie des messages à mes potes, sur le groupe tchat Facebook sur lequel on communique ; ohé, c'est bon, je pars de la résidence, je vais à la gare.

Vus, vus, vus, vus...mais aucune réponse. Je me sens mal. J'espère voir au moins une ou deux personnes avant de partir. Heureusement, je ne suis pas pressée par le temps, malgré mon programme complètement chamboulé. Avec l'aide du tuteur, je traîne mes valises devant la résidence. J'attends un peu quand même, peut-être que quelqu'un... non. Y a personne. Cinq minutes passent, j'attends pas vraiment non plus, je me doute qu'on se retrouvera directement à la gare. C'était un moment assez bizarre, c'était très silencieux. Le tuteur me demande, l'air inquiet, s'il n'y a personne pour venir me chercher / m'aider à porter mes bagages à la gare. Il fait 32+°C, le soleil tape à mort (même si j'ai mon fidèle chapeau de paille d'Okinawa), mais étrangement, je me dis que ça va aller.

"Non, y a personne, apparemment".

Le petit malaise se prolonge, puis il fait "attends une minute", et rentre dans la résidence en courant. Il en ressort un instant plus tard avec des clés à la mains, en m'annonçant qu'il m'emmène en voiture !

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Y a pas, c'est bien un Mardi : la poisse se mêle à des Deus Ex Machina à la pelle. C'est sur la route que je me suis rendue compte qu'en effet, je n'aurais probablement jamais pu marcher jusqu'à la gare dans la chaleur avec mon sac à dos de 10kg, mon sac de voyage de 5kg et ma valise de 22. Ou alors je serais arrivée déshydratée et pleine de courbatures. Heureuse d'y avoir échappé.

Une fois à la gare, après un court moment de stress, les quelques personnes qui ont vu mes messages commencent à venir. Je pensais pleurer, ayant toujours eu cette idée que la séparation serait déchirante, mais en fait j'étais juste trop excitée à l'idée de partir (rires), je n'avais absolument aucun regret. Voilà, ça y est. C'est le moment de quitter la petite Tsu, sa rivière, sa plage à feux de camps, et sa route éternellement droite qui la traverse, toujours tout droit vers l'infini (vers Ise ou Nagoya, en fait). 

En fait, j'ai eu encore d'autres problèmes après ça. Le guichet auquel je comptais prendre le ticket de TGV pour Osaka est fermé, je ne peux pas payer par carte, j'arrive à payer tout juste avec toute la monnaie qu'il me reste, me trompe en réalité de ticket, fais changer le ticket, dois monter dans un autre train sans place réservée du coup, en stressant qu'on me vire de mon siège avec tous mes bagages (oups), une fois là-bas je me perds en cherchant la ligne Nankai, sens monter la crise d'angoisse, avance péniblement en donnant des coups de pieds pour aider ma baleine de valise qui se coince dans tout ce qui dépasse du sol... me perds en cherchant l'hôtel, tombe par terre à cause de mon sac de 10kg qui me passe par-dessus le cou (je crois qu'il ne s'en est jamais remis et il me faudrait voir un ostéo un de ces quatre).

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Heureusement, comme je disais à mes parents, je pleure beaucoup mais j'arrive toujours à m'en sortir à la fin. Je ne sais pas par quel miracle. Notons également que le virement de mes parents est tombé peu avant mon arrivée à l'hôtel, et que j'ai pu retourner sur Osaka Namba le soir profiter d'un dernier okonomiyaki à Fugetsu, tranquille, calmement, en solo. Ca y est, au revoir Japon ! Il est temps de retrouver Papa, Maman et les copains !

*

Et voilà, quelques heures plus tard, j'étais en France.

Le soir même, ça ne m'a pas fait très bizarre. Je devais être encore trop épuisée pour me rendre compte ; j'avais l'impression d'avoir quitté ma famille la veille. Par contre, la semaine qui a suivi a été très difficile...

Non, pas par nostalgie, ou mal du pays inversé. J'ai tout simplement été dans un état absolument naze pendant environ une semaine et des brouettes : douleurs partout, cou qui craque, crises de migraine tous les deux jours, vertiges, (probablement) baisses de tension, et sensation d'être "à côté" de tout. Je ne sais pas vraiment comment expliquer cette sensation, mais j'avais l'impression physique de ne pas être là. Quand je voyais quelque chose, quand j'allais dans la rue, j'avais l'impression de le voir à travers une vitre, un écran ? A côté de la plaque, c'est la seule expression qui me vient lorsque je dois décrire cette impression.

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Mais je n'étais pas triste d'être là, au contraire. Le voyage avait touché à sa fin, et je me remettais simplement dans les rails, le plus naturellement du monde. Il m'a fallu un ou deux mois avant de ressentir à nouveau fortement l'envie d'y retourner ; avant ça, c'était juste un peu comme un rêve, comme si cette année ne s'était pas réellement passée, avec juste des restes un peu distants qui me revenaient...

Là, je fais mon Master 2. Sans grande conviction. Je suis là, mais pas vraiment, je ne sais même pas si je vais le finir et je dois dire que je suis à un tournant dans ma vie, un tournant où malheureusement je ne sais pas quoi faire. L'avenir m'angoisse, comme à chaque fin de cursus. Je suis à un carrefour où beaucoup de possibilités s'offrent à moi...trop, en fait, je n'arrive pas à peser le pour et le contre ou à me mettre des priorités.

Et en ce moment de doute, j'ai très, très envie de revoir Tsu.

Ce qui se fera prochainement, car si tout se passe comme prévu, je serai présente au festival de l'université en Novembre l'année prochaine !

Ceci clot probablement mes articles sur ma vie au Japon. Du moins "en temps réel", peut-être aurai-je d'autres anecdotes à raconter à l'avenir, à l'occasion... J'ai hâte d'écrire à nouveau sur ce blog.

A bientôt !