Bonjour mes chers lecteurs, oulala que de monde dans la salle (laissez-moi faire marcher mon imagination s'il vous plaît) ! Nous voilà partis pour un second épisode de ce compte-rendu avec deux ans de lag. Heureusement cette partie du voyage m'a traumatisée fort marquée alors c'est plutôt facile de me rappeler la plupart de nos catastroph- aventures. Pour votre plus grand bonheur. Je l'espère.

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Nous venions donc d'arriver, et après un voyage de tous les dangers pour trouver quelque chose à grignoter avant de dormir,eh bien, nous avons été découvrir nos chambres (et ranger nos affaires). J'avoue ne plus être certaine du moment auquel ça s'est produit, si ce n'est que c'était forcément ce soir-là, mais je me souviens de ma camarade qui affichait une mine bouleversée en disant que c'était absolument crade, qu'elle voulait repartir tout de suite.

Et moi je comprenais pas, parce que je venais de faire ma propre chambre - les meubles étaient vieux (à part le bureau qui était un super bureau qui tient au frais avec des tiroirs qui se ferment à clé et tout, un très bon point), mais tout était propre, il n'y avait même pas de poussière ou quoi que ce soit. La salle de bains était loin d'être neuve, mais pas sale non plus... et pourtant, elle me disait l'inverse. J'avoue avoir pensé sur le coup qu'elle exagérait à cause de la fatigue...

Mais non, non, c'était bel et bien dégueulasse. Ce soir-là, je n'ai vu que la salle de bains; mais sa cuvette de WC était... marron jusqu'en haut, et le lavabo était plein de taches de produits ou de teinture mêlées à de la crasse. La baignoire aussi était quasiment noire au fond, et le miroir... on n'en parle même pas. Comparée à la mienne, c'est le jour et la nuit.

Remarquant que la cuisine de l'étage était innocupée, on en a profité pour jeter un oeil. Vaisselle sale partout, restes de bouffe sur la table ; plaques huileuses pleines de copeaux de légumes, taches d'huiles/crasse/gras noires qui montent sur le mur jusqu'au plafond. Eclairage d'hôpital dégueu comme dans le couloir et aucun rideau/volets aux fenêtres, ce qui faisait un trou noir béant peu avenant comme ouverture sur l'extérieur. Odeur pestilentielle, bien sûr... et dans le silence total (l'avantage de ce dortoir, c'est que même les voitures ne passaient pas à côté), ça avait carrément un côté Silent Hill en déchiffrant les papiers d'ordre de ramassage de poubelle accrochés au mur en vrac (rires).

-Ouaip, bon. On repassera quand il fera jour, hein. Mon dieu quelle horreur

-oui........

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Heureusement, tout paraissait déjà moins sinistre une fois le soleil levé, comme partout. On avait une réunion à la fac à 10 heures du matin, mais j'étais déjà debout bien plus tôt à cause du décalage horaire, comme d'habitude. Je me souviens avoir attendu l'heure de partir en trépignant comme un gosse, haha... et de la lumière du soleil qui faisait cramer ma chambre à 6-7h du matin, malgré la fin de l'été. L'avantage, c'est qu'on a pu sortir en short et t-shirt de bon matin, ce qui n'était plus du tout le cas en France...

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(prise ce matin-là, il y avait 26-27°C dans la pièce et j'ai compris que les rideaux allaient pas être des plus efficaces)

On n'a pas eu trop de mal à trouver le bâtiment ; de jour, c'est mieux, on arrive à comprendre ce qui nous entoure. On s'est également rendu compte que le chemin qu'on avait emprunté la veille menait carrément à la mer... située à l'opposé de la route nationale avec notre combini salvateur. Le campus est très vaste, et très vert, c'est reposant. Les bâtiments sont tout blancs et modernes (pas comme le dortoir réservé aux étrangers dans lequel on allait crécher un an).

Du coup, réunion. Pré-rentrée, quoi, en fait. On était avec d'autres élèves de tous horizons, et on a pu retrouver notre 3ème camarade de classe de Lille3 qui était arrivée avant nous à Tsu, et logeait dans un autre dortoir. Je me souviens plus trop des détails... à part que j'avais l'esprit complètement ailleurs et que c'était pas hyper passionnant. Ah, si, je me souviens - il fallait remplir de la paperasse administrative pour qu'ils aillent à la mairie faire nos cartes de résidence. Wouhou ! On n'était officiellement plus des touristes en vadrouille. Après quoi on nous a fait aller au secrétariat pour remplir un petit dossier consistant à dire ce qui allait/n'allait pas avec nos chambres. Bien sûr, on a fait un check complet de la chambre de mon amie, mais ça n'a pas mené à grand chose... puisqu'elle a dû acheter les produits ménagers et faire elle-même le ménage. Ménage durant lequel elle a eu d'autres mauvaises surprises que la salle de bains ; cafards morts derrière le bureau en le bougeant ; cafards morts et grains de riz moisis sous le lit... l'Enfer.

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Voilà de jolies images du campus pour compenser, yalalihou

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Problème : j'ai affreusement peur des insectes, voire de la *possibilité*d'insectes et araignées dans une chambre. Du coup, ma chambre qui me paraissait si clean me paraissait soudain être une zone de danger, et je passais mon temps à fixer les murs et le plafond... et surtout, n'osais pas bouger mes meubles de peur de voir surgir des monstres, morts ou pas. J'ai dû demander à mon amie de regarder avec moi parce que je suis un gros bébé.

Spoiler : il n'y avait rien. Ma chambre était réellement clean. J'en ai donc conclu qu'ils avaient tout simplement oublié de nettoyer la sienne après que le locataire précédent soit parti... et ce n'était pas normal. On ne donne pas une chambre dans cet état à quelqu'un ! J'ai plus tard appris à mes dépends qu'en fait, ils ne nettoyaient tout simplement *pas* les chambres, et que si la mienne était propre, c'était juste grâce à la maniaquerie de la précédente locataire. Fabuleux !

L'avantage qu'avait mon amie sur moi, c'est que si elle craignait la saleté, elle ne craignait pas trop les araignées et les insectes. Moi, c'est l'inverse - donc plus les jours passaient, plus j'étais terrorisée en sachant que de sales bébêtes se promenaient tranquilou dans le bâtiment ouvert à tous les vents. Il sera bon de noter aussi que la porte d'entrée indiquait '' ne pas oublier de fermer cette porte ; nids de guêpes ! ''. On sait à quoi ressemblent les guêpes japonaises...

Donc la plus difficile à raisonner dans l'histoire, c'était moi. J'avais peur de rentrer le soir (parce que j'ai vu une araignée tropicale au plafond à peine une semaine après mon arrivée, ça m'a fait péter un câble) ; j'avais peur de dormir... je ne me sentais en sécurité que quand j'avais quelqu'un avec moi, haha. Et pourtant, damn, j'avais encore rien vu niveau faune locale.

Autre détail ; on se sentait complètement abandonnés. Pas de concierge - elle était en vacances. Pas de directeur - il n'était pas là non plus. Juste nous, avec l'impression d'être livrés entièrement à nous-mêmes dans un coin dont on ne connaît rien, dans un dortoir dont... on en sait encore moins. Vu qu'avant de partir on nous avait dit que des gens seraient là pour nous accueillir et même nous passer quelques affaires (pinces à linge, liquide vaisselle, éponges...), on était bien loin du compte et on se sentait désespérément seules ! Les nouveaux élèves étaient aussi perdus que nous, et les autres (des Chinois et des Vietnamiens pour la plupart) ne descendaient pas dans le salon du dortoir...

Parce que oui, dans l'entrée, il y avait un petit salon avec deux canapés, aussi communément appelé la zone à Wi-Fi.

C'était le seul endroit où le Wi-fi était accessible - un petit wi-fi merdique qui se déconnectait toutes les 3 secondes et clairement pas idéal pour appeler papa et maman par Skype. On y a passé notre vie les deux premières semaines, le temps d'avoir notre abo internet dans notre chambre. Donc visualisez, 5 à 10 jeunes sur leur téléphone, en train de claquer des moustiques tout en se plaignant que le Wi-Fi s'est encore barré, dans toutes les langues - c'était comme ça. C'était une antre à moustiques. Il fallait le mériter, son Internet. J'avais des cicatrices sur les pieds et jambes tellement ces sale bêtes étaient balèzes ! Heureusement ça m'a permis de découvrir que le corps apprend ensuite à se défendre tout seul et fait guérir les piqûres de plus en plus vite. 8/10 would (not) get stung again.

Sauf qu'après, Internet est devenu un peu plus urgent, parce que, eh bien... y'a eu l'araignée géante, près de la zone à Wi-fi. Pas question de rester dans un endroit aussi ''dangereux'' pour ma santé mentale. Il me restait toutefois les ordinateurs de la bibliothèque de l'université qui me dépannaient bien ! Je vous expliquerai un de ces quatre pourquoi ça m'a pris deux semaines avant d'avoir Internet dans ma chambre... une situation plutôt difficile quand tu essayes de communiquer avec les tiens.

Ce compte-rendu-ci était un peu en vrac, un peu comme ma vie à ce moment-là, je reviendrai peut-être en détail sur certaines choses. J'ajouterai des photos quand j'aurai remis la main dessus, même si je pense que vous vous passeriez bien de l'affreuse cuisine (quoique... vous n'auriez ni l'odeur, ni les cafards géants qu'on pouvait y croiser... ni les araignées mais ça c'est plus vers la fin de l'année qu'elles sont arrivées).

Je pense que vous comprendrez ce que je veux dire quand je sous-entend que je ne repasserai pas un an au Japon à moins d'être dans un immeuble, barricadée au 10e étage en centre-ville, hhéhéhehehhaheeh.