Bonjour tout le monde ! Nous nous retrouvons pour un 3ème épisode de mes mésaventures japonaises. Cette fois, on va parler sociabilité... parce que qui dit étudiants, dit vivre avec d'autres gens !

_____

Avant de commencer, je voudrais préciser qu'on a pu acheter un vélo à partir du jour 3 ; ce qui a tout de suite débloqué de nouvelles zones, telles que le SUPERMARCHÉ, le MAGASIN D'ELECTRONIQUE ou encore le 100-yen shop. Au cas où vous vous poseriez la question, un vélo basique coûte un peu moins de 100 euros, et tient bien la route sur plusieurs années (l'ayant revendu à une française de ma fac qui s'en est servi toute cette année-ci).

Les 100-yen shop, comme leur nom l'indique, ce sont des magasins tout-à-1-euro. C'est franchement pas de la qualité (pour ne pas dire de la merde) mais ça dépanne bien pour avoir des outils de nettoyage, de déco, de la vaisselle (sauf que le premier set qu'on a acheté ne passait pas au micro-ondes), etc. Petit à petit j'ai pu me faire un intérieur à peu près convenable, surtout que le supermarché était en fait un gros centre commercial avec une galerie marchande, une petite salle d'arcade avec Project Diva et Taiko no Tatsujin, des magasins de fringues (y compris de sport), un Ikéa-like avec plein d'objets déco... paraît qu'il était petit par rapport à ceux des autres villes - je vous crois, parce que tout est démesuré dans ce pays.

20151007_122926

Tsu, vue du dernier étage de l'hôpital de la fac. En fait, il y a un restaurant chinois là-haut...

Comme j'avais un souci avec mon ordinateur (la prise n'allait pas avec mon adaptateur de prise, et impossible d'en trouver un qui aille) qui a duré deux semaines, j'ai été choper une petite TV et une PS3 d'occase pas chère (c'était plus ou moins prévu dans mon budget, juste pas aussi tôt, peut-être). Même pas honte. Par contre, ramener la TV en 1h de marche sous le soleil, plus jamais je le fais. Je me suis tout de suite fait une réputation d'accro avec ça, haha... mais eh, j'avais même pas de quoi mettre de musique dans ma chambre, c'était la déprime, comprenez-moi, allez. En plus, il y avait un magasin de location de DVD/bluray/manga juste en face, j'appelle ça un pousse-au-crime.

------

Il me semble qu'on a eu assez vite une petite fête d'accueil organisée par l'université ; il s'agissait d'une soirée où les nouveaux étudiants étrangers devaient se présenter tour à tour au micro devant la salle (gloups). Un peu plus tôt dans la journée, j'avais faire la connaissance de celle que je vais appeler Man-chan, une allemande Potterhead qui m'avait expliqué comment me servir de la machine à laver alors que j'étais en perdition. Aka mon premier contact humain occidental, dans la langue de Shakespeare. Je l'ai recroisée vite fait à la soirée. Ce que j'ignorais, c'est que ce soir là, on allait rencontrer... les français, parce que non, nous n'étions pas seules, et vous allez rire, mais c'est un sentiment vachement marrant quand même.

Donc il y avait R., qui était là depuis cinq ans et qui se faisait prendre pour un étudiant asiatique les 3/4 du temps par tout le monde à cause de ses origines ; et Mat & Q (désolée pour les noms, c'est difficile de pas donner de vrais noms entiers), deux garçons qui venaient de la même fac mais qui ne faisaient pas d'études japonaises et ne connaissaient pas trop la langue. En d'autres termes, on nous a vite pris pour des bilingues de ouf alors que ce n'était pas du tout le cas, haha...

R. allait bientôt repartir en France, mais il a été un excellent conseil sur les quelques semaines durant lesquelles on a pu le côtoyer. Il nous a permis notamment d'entrer en contact avec un certain T. G (ce sont ses vraies initiales), un professeur/chercheur français qui enseigne au Japon depuis quelques années. Il est assez connu dans le domaine de la politique japonaise contemporaine, chose qu'on ignorait complètement jusqu'à cette année, en voyant son nom dans le journal... oups !

Mais c'est vraiment un homme très gentil (un peu troll parce qu'il me charriait avec les araignées, mais très gentil quand même) qui nous a même montré la réserve de livres francophones de l'université (je n'ai jamais réussi à y retourner, mais il y avait des BDs et des J'aime Lire, eh). Il est passé donner cours à Lille 3 cette année, mais je n'étais pas dispo pour venir, j'ai un peu la haine.

-----

Les Français, c'est bien, mais parlons un peu des locaux. Avant qu'on nous présente Monsieur G. , je devais voir mon professeur référent, M. Yoshimaru. M. Yoshimaru, c'est un professeur de littérature qui se spécialise sur les écrits de l'ère Edo... et s'intéresse plus particulièrement aux ninja. Eh oui, vous en avez peut-être entendu parler récemment sur Nautiljon ou ce genre de site, l'université de Mie (où j'étais, là) va mettre officiellement les ''ninja studies'' au programme du concours d'entrée. En voyant la nouvelle, j'avais tout de suite pensé à mon prof (d'ailleurs, il faudra que je pense à lui écrire un jour, mais bref).

20151012_141544

Photo qui n'a rien à voir ; regardez c'est mon vélo il me manque

Le jour du rendez-vous tombait plutôt mal. Je crevais la dalle, parce que ça faisait deux jours que je ne mangeais pas à ma faim (de 1, la plupart des plats étaient trop petits/pas consistants, et j'avais faim après-coup la nuit mais pas de réserves ; de 2) , la veille, mon plat acheté au supermarché avait *moisi* dans mon frigo, en deux jours... me restait des chips qui avaient  le goût immonde de patate au BEURRE, j'oublierai jamais cette infamie). J'avais donné rendez-vous à ma camarade de classe pour manger à midi et je l'attendais, donc je n'avais mangé qu'un onigiri pour dire de pas trop me caler avant le repas.

Problème : le rendez-vous de ma pote avec son propre prof référent a duré plus longtemps que prévu, ce qui fait que j'ai attendu dans la chaleur pour rien. Alors je sais pas, faiblesse+faim+coup de chaud, je me souviens avoir piqué une crise de larmes devant la bibliothèque. J'ai pleuré un nombre incalculable de fois dans un pays où on n'est pas censé montrer ses sentiments en public, c'est pas la classe ?

Alors, heureusement, malgré la crise de nerfs et la faim, le rendez-vous ne s'est pas trop mal passé, sinon que je le laissais parler tandis qu'il m'emmenait à son bureau (surtout parce que je n'avais pas encore le SKILL pour répondre, en fait). En plus il me faisait un peu peur, parce que c'était votre japonais typique en costume-cravate noir avec des lunettes, j'avais plus l'impression de parler à un chef d'entreprise qu'à un professeur d'université. Je me souviens qu'il m'expliquait ses recherches, qu'il me disait que Mie était un bon endroit pour étudier parce que '' il y a pas grand chose, donc les élèves peuvent se concentrer sur leur travail '' (you don't say, ha ha ha...).

20151015_184503

Un coin sympa de la bibliothèque universitaire, pour lire les journaux

Son bureau, par contre, je ne l'oublierai jamais. C'était au dernier étage d'un bâtiment, et il avait vue sur la mer de sa fenêtre (c'était la première fois que je voyais la mer, alors que l'université est construite juste à côté). Des piles et des piles de dossiers, et des placards débordant de livres et de paperasse... j'adore ce genre d'endroit. Enfin, je regardais autour de moi pendant qu'il parlait, et j'étais toujours super gênée de pas pouvoir répondre à part en acquiesçant... à la fin, il me demande si j'ai des questions.

Alors, oui. J'en avais une. Est-ce un ANIMELAND SUR NARUTO SHIPPUUDEN QUE JE VOIS LA DANS LE COIN ENTRE DEUX DOSSIERS. Oui, c'était bien ça. Il m'a expliqué d'un air tout content qu'il l'avait acheté lors d'un voyage en France ; comme il se passionnait pour les ninja, il avait lu tout Naruto (moi par contre je n'ai jamais lu lla série de ma vie, alors j'ai dû le décevoir un peu (rires)). J'ai appris plus tard de la part d'élèves de la fac qu'il connaissait bien Inazuma Eleven et Yokai Watch parce qu'il jouait/regardait avec son fils... lors de notre première rencontre, je ne l'aurais jamais imaginé; mais après l'avoir côtoyé pendant un an, ça ne me paraît plus si surprenant aujourd'hui.

Parce que, en effet, on s'est beaucoup revus pendant l'année ; ce professeur invitait les élèves qu'il avait sous son aile une fois par mois au restaurant de l'université (la cantine des profs, en gros). Les premières fois - surtout la toute première - ont été vraiment hyper awkward (franchement, je ne vois même plus d'autre mot pour décrire le malaise que je ressentais, haha) parce que je ne savais presque pas répondre, que je ne savais pas toujours comment manger ce qu'il y avait dans l'assiette (''keskecééé...?''), et qu'il y avait de très longs silences... j'ai cependant appris plus tard, de la part de Monsieur G., que les longs silences étaient tout à fait normaux lors des repas japonais. Ouf. Oui parce qu'en fait, Monsieur G. était dans la salle lors de mon premier repas avec mon prof, juste que je ne le connaissais pas encore.

20151015_115943

Réservé et tout, c'est classe

''Vous aviez l'air... plutôt tendue, j'étais un peu mal pour vous''. ''En plus, Y-sensei est très japonais, ça demande un temps d'adaptation. '' Merci de votre compassion, ça me touche, je me sens moins stupide. Légèrement.

Mais eh, sans m'en rendre compte, à la fin de l'année je pouvais tenir la conversation. Je pense que c'est la plus belle preuve de progrès qu'on puisse avoir, tenir une conversation face à un adulte (rires). Il y a aussi du fait qu'il me faisait moins peur avec le temps, surtout après avoir été invitée, avec deux autres de ses élèves, à un repas avec lui, sa femme et ses deux enfants. Je me souviens que j'étais émue ce soir-là parce que c'était mon premier contact avec une famille depuis mon arrivée 4 mois plus tôt, et que la mienne me manquait énormément, haha. Les figures parentales, étrangement (ou pas tant que ça, a posteriori), m'inspiraient une confiance toute particulière pendant mon année.

Je pense que j'ai dit ce que j'avais à dire dans cet article. Je pense que le prochain abordera ...eh bien, les cours, qui commençaient une semaine après notre arrivée. Même que ça ne s'est pas vraiment passé comme c'était *censé* se passer...